Chemin de Stevenson avec Clem'

Il est temps d’attaquer ce chemin mythique, tant évoqué et tant rêvé.

Seul ? Non, la randonnée solitaire très peu pour moi… D’abord trois, puis réduits à deux, nous débarquons au Puy-en-Velay par une belle journée de septembre. Je suis accompagné de Clément, mon cousin : un solide Béarnais en pleine force de l’âge.

Dans les ruelles, les fêtes du Roi de l’Oiseau touchent à leur fin. Les derniers troubadours en costume d'époque y déambulent encore.

Étape 1 : Puy en Velay => Arquejols (58km / 1600 D+)
Itinéraire : Le Puy - Monastier-sur-Gazeille - Saint-Martin de Fugères – Goudet - Ussel - Le Bouchet-Saint-Nicolas – Landos - Arquejols

6 heures sonnantes.

L'étouffante nuit passée dans le cabanon laisse enfin place à la fraîcheur de l'aube. Il est temps de mettre les voiles : la route est longue. Haut perchée sur son rocher Corneille, Notre-Dame de France veille sur nos premiers pas.

Nous progressons rapidement au milieu des pâturages et des champs de lentilles vertes. Ces fameuses lentilles, cultivées sur terre volcanique, que nous avons eu la chance de déguster la veille en guise de repas d’accueil.

Lové dans les méandres de la Loire, le château de Beaufort, à Goudet, en impose du haut de son piton rocheux.

La pause de midi se fait chez NoNna, à Ussel, un repère bien connu des randonneurs. Les langues se délient et les échanges vont bon train. Nos compagnons de table, qui en sont à leur deuxième jour de marche, nous observent d'un œil admiratif quand nous leur annonçons notre arrivée à Alès prévue pour vendredi. La gorge sèche, nous nous laissons tenter par le Velay Cola… Pas mal, même si j’ai un faible pour le Breizh Cola !

 

Le plateau entre Le Bouchet-Saint-Nicolas et Landos semble interminable, la chaleur monte et le moindre troquet nous fait de l’œil. Bingo ! À Landos, nous nous installons à côté de deux charmantes demoiselles rubicondes qui montrent un intérêt certain pour notre périple.

Deux Orangina et une heure plus tard, nous débarquons au camping Au-delà des nuages. C’est un havre de quiétude, écolo et paisible, offrant un panorama à 180°. Y’a même une pierre de soin sur laquelle Clément a pu se ressourcer.

 

Étape 2 : Arquejols => PuyLaurent (58km / 1500 D+)

Itinéraire : Arquejols – Pradelles – Langogne – Saint Flour de Mercoire – Cheylard L’Evêque – Luc – Laveyrune – La Bastide

Au petit matin, nous inaugurons notre semaine « P’tits déj’ de chez Wish » avec un combo d'exception : Balisto et compote.

Départ à la fraîche sous un magnifique lever de soleil… (Un refrain qui convient à l’ensemble de nos étapes).

La journée débute sur un sentier en balcon avec, sur notre droite, l’immense lac de Naussac. Nous avons l’impression troublante de ne jamais en voir la fin. La matinée à beau avancer, à chaque coup d’œil sur notre droite, il est toujours là, omniprésent.

La faim finit par nous rattraper à Langogne. La boulangerie où nous faisons halte pousse clairement à la gourmandise : gâteaux, viennoiseries, snackings… Tout y est gigantesque ! Mention spéciale pour les sandwichs, préparés dans une baguette entière. Une excellente pioche.

Le parcours est ponctué de quelques étapes culturelles :

  • La statue de Saint Roch, à l’entrée de Saint-Flour-de-Mercoire. En hommage à ce pèlerin, guérisseur, grand protecteur des animaux contre le choléra en 1854.
  • Le château de Luc, surmonté de la Vierge depuis 1878, l'année même où Robert-Louis Stevenson traversait les Cévennes.
 

En fin d’étape, la montée depuis Laveyrune sous un soleil de plomb marque les esprits. Après un arrêt à la supérette pour attraper de quoi dîner, nous parcourons les deux derniers kilomètres le long de la route jusqu’au camping de l’Allier. La tendinite de Clément le fait terriblement souffrir ; il tente de la soulager tant bien que mal dans le mince filet d’eau de la rivière (Allier).

 

Je passe rapidement sur le problème de gaz qui me prive d’une douche chaude régénérante… Comme sur l’accueil du patron, à l’image de la douche : glacial. Malgré ces petites mésaventures et après une sieste bienfaisante, on attaque le diner terroir « IPA de Lozère, Camembert chaud et charcuterie », la régalade !

 

Étape 3 : PuyLaurent  => Pont de Montvert (46km / 1400 D+)

Itinéraire : La Bastide Puylaurent – Chasseradès – Le Bleymard – Station du Mont Lozère – Sommet de Finiels – Finiels – Pont de Montvert

Au menu ce matin : pain au chocolat, Orangina, compote.

Six kilomètres de bitume pour chauffer les jambes avant de rejoindre le GR70. À partir du Bleymard, et jusqu’à Mialet (le grand final de notre périple), le chemin est magnifique, d’une beauté sauvage, contemplative, renouvelée à chaque virage. Un vrai régal.

 

Parlons-en, du Bleymard. Oublions le charme du patelin deux minutes, et arrêtons-nous plutôt sur la boulangerie-pâtisserie Joël Alpiste. Après nos victuailles du matin, la vitrine nous achève : tartelettes aux poulpes, chaussons aux myrtilles, quiches bien garnies, fougasses dorées… On s’en pourlèche les babines, c’est exactement ce qu’il nous faut avant d'attaquer la montée.

Graduellement, le paysage se métamorphose. La végétation se fait rase, les tourbières apparaissent : nous approchons du mont Lozère. En chemin, on taille la bavette avec un couple de Valaisans fort sympathiques accompagnés de leurs deux mules. Madame, ancienne chiropracteuse, donne, de son œil avisé, quelques conseils au cousin pour soulager sa tendinite. Ils sont vraiment sympas ces Suisses.

À l’approche du signal de Finiels — toit du mont Lozère, 1 699 mètres —, l’horizon s’ouvre en grand. Le chemin est balisé par des montjoies, d'imposants blocs de granit dressés vers le ciel pour guider les marcheurs perdus.

 

On prend une claque visuelle au sommet, puis vient l'heure de descendre. La première section pique un peu, pour preuve, nous volons au secours d’une randonneuse, visage ensanglantée, qui vient d'y laisser un verre de lunettes. Plus de peur que de mal, on la recroisera plus tard au gîte, tirée d'affaire et tout sourire.

 

Un peu avant le village de Finiels, le paysage sort le grand jeu : d'immenses chaos granitiques sculptés par des millénaires d'érosion surgissent autour de nous. Saisissant.

 

15 h 30 : entrée au Pont-de-Montvert, notre étape du soir. Les terrasses débordent de randonneurs, l'ambiance est chaleureuse. Diner au Café du Commerce, rythmé par une petite scène pour le moins cocasse : notre voisine de chambre restera coincée une bonne vingtaine de minutes dans les toilettes du resto. La pauvre !

 

Quant au gîte communal, s’il paraît sinistre de l’extérieur, l'intérieur est sommaire mais impeccable. Un énorme séjour où s’entassent les sacs de randos, et où les effluves des journées passées sur les chemins surchauffés se font sentir. Du coup, on discute, on partage (et pas seulement les douches) :
D’où venez-vous ? Où allez-vous ? Quelle est votre prochaine étape ? Vous marchez seul ? Pendant 12 jours ? Et tout va bien, je veux dire dans votre vie, actuellement ? Vous voulez en parlez ?

Enfin, il est temps de fermer les persiennes… Emmitouflés dans nos sacs à viande, on plonge rapidement dans un sommeil profond et réparateur.

 Etape 4 : Pont de Montvert => Saint Germain de Calberte (45km / 1200 D+)
Itinéraire : Pont de Montvert – Signal du Bougès – Mijavols – Cassagnas – Saint Germain de Calberte

Une journée en plein cœur du magnifique parc national des Cévennes

Réveil 6h, comme d'habitude, un pain au chocolat et c'est parti pour une belle petite ascension, de quoi nous mettre en jambe. Nous prenons de la hauteur pour admirer, dans ce calme apaisant, notre village-étape qui se réveille doucement. Nous traversons ensuite des forêts de hêtres et de châtaigniers pour atteindre la crête nous menant tout droit au Signal du Bougès.

 

Afin de soulager les tendons de Clément, et suite à quelques discussions avec des randonneurs chevronnés, on se dit que le passage par Florac n’a que peu d’intérêt.

Et grand bien nous en a pris, la variante va s’avérer pleine de charme, et le passage par Mijavols restera gravé de nos mémoires. D’une ruralité rare, pas une âme qui vive, pierre de schiste et toits de lauze. On voulait du dépaysement, nous sommes servis.

Cerise sur le gâteau : ce troupeau derrière lequel nous sommes restés coincés, tout à notre joie, durant un bon quart d’heure avant que Clément tape la discute avec le berger sur les grandes difficultés rencontrés cette année suite à la canicule. Ils n’avaient pas le même maillot, mais ils ont la même passion.

 

Fin de la variante, nous rejoignons la Vallée de la Mimente qui nous mène tranquillement vers la vieille gare de Cassagnas. Il est midi et demi, l’heure de casser la croûte, et cette ancienne gare reconvertie en gîte rurale nous en laisse la possibilité tout en profitant du soleil. Parfait !

Après notre petite halte, le sentier emprunte le tracé de l'ancienne voie ferrée. On monte ensuite jusqu’au col de la pierre plantée avant de basculer doucement vers le versant sud. Dans la descente finale on discute avec un dinardais au demeurant fort sympathique (rien d’étonnant me direz-vous).

Enfin, l’arrivée à Saint Germain de Calberte, village perché en plein cœur des Cévennes avec son auberge du Recantou, ô combien accueillante. Une table commune avec d’autres randonneurs, dont notre ami belge – naturellement grand amateur de bières et de nuits à la belle étoile, nous offre un moment de partage convivial, agrémenté d’une cuisine généreuse (pâtes/daube, fromage blanc et crème de marron).

Étape 5 : Saint germain de Calberte => Mialet (30 km / 900 D+)
Itinéraire : Saint Germain de Calberte – Saint-Etienne-Vallée-Française – Saint-Jean-du-Gard - Mialet

Toujours un départ aux aurores malgré une distance et un dénivelé moins important. C’est notre dernière journée et on souhaite en profiter pleinement.

On retrouve notre ami breton niché au fin fond des bois... À la cool !

 

Au Col Saint-Pierre, la garrigue se dévoile et les senteurs de thym et de romarin nous submergent. Enfin, la descente finale vers le Gard… Et c’est aux alentours de 10h30 que nous débarquons à Saint-Jean, fin officielle du parcours historique de Stevenson en 1878 (où il vendit Modestine, son ânesse). 

 

Après quelques photos pour immortaliser l'instant, et comme on adore ça, on se rajoute 8 petits kilomètres pour rejoindre Mialet.

Le pont des camisards et enfin, la dégustation de bières locales à l’épicerie « Chez Mialet » marque notre fin d’itinérance entre cousins.

Au final, un tracé de 240 km et 6500 D+. Une belle parenthèse loin de nos petits tracas quotidien. Une expérience à la fois physique, culturelle et humaine, partagée.

Un grand merci à Clément, sans jamais rien dire, je devine combien tu as douillé avec ta tendinite. Tu as un mental d'acier ! Bravo pour ta détermination. C'était vraiment cool sur petit périple, vivement la prochaine !

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